Le numéro spécial numéro 3 des Décloîtrés est disponible en ligne ! Retrouvez le juste en dessous:
Ce numéro est consacré à l’auchtotonie et a été réalisé à l’occasion de l’exposition organisée par les Champs Libres et consacré aux Hommes Racines qu’immortalisent les sublimes photos de Pierre de Vallombreuse. Vous pouvez retrouver le numéro papier aux Champs Libres de Rennes jusqu’à fin septembre ! Bonne lecture à tous, l’équipe vous donne rendez vous en septembre prochain pour une nouvelle année décloîtrée !
Décloitrés Numéro Spécial #2
avril 2nd, 2012 § 0 comments § permalink
Vous l’attendiez depuis longtemps et avez eu peut être déjà la chance de pouvoir lire le numéro spécial papier #2 des Décloîtrés ! Pour les expatriés (les Décloitrés les vrais!), le voici disponible en version web :
Mini-reportage sur France 3 Région
mars 26th, 2012 § 0 comments § permalink
A partir de 6′ 10, vous pourrez regarder le mini-reportage de France 3 Région consacré aux Décloîtrés:
http://www.pluzz.fr/jt-local-19-20—tchat-info-2012-03-23-19h15.html
Reportage de la WikiRadio au Forum des Voyageurs
mars 24th, 2012 § 0 comments § permalink
Le Décloîtrés nouveau est paru ! Pour tout ceux qui n’ont pas eu la chance de participer au forum des Voyageurs, vous pouvez retrouver ci-dessous le reportage de la WikiRadio ainsi que le numéro spécial des Mots d’ailleurs ! Bonne écoute à tous !
Des nouvelles du forum !
mars 22nd, 2012 § 0 comments § permalink
On le sait, le forum célébrant la parution exceptionnelle du deuxième numéro papier des Décloîtrés sera placé sous le thème du voyage ! Et quoi de mieux que d’accompagner le tout d’une ambiance tour à tour islandaise puis indienne ? Et bien en vous proposant également de gagner un voyage en Andalousie ! De quoi vous donner une bonne raison supplémentaire de venir y faire un tour !

(L’Andalousie ça ressemble à ça)
Et puisque nous pensons aussi à tous nos internautes expatriés ou non qui n’auront pas la chance d’assister à l’événement, on vous précise que la WikiRadio de l’UEB organisera une émission spéciale consacrée à ce forum !
A rappeler également : la présence d’un atelier sur la technique photographique de voyage avec un professionnel, ainsi qu’un concert de Jazz-manouche (groupe rennais).
Venez nombreux !
L’épisode 2 des Mots d’ailleurs en ligne !
mars 18th, 2012 § 0 comments § permalink
Bonjour à tous ! Le second épisode des Mots d’ailleurs, l’émission des Décloîtrés sur la WikiRadio de l’UEB, est disponible sur le site de l’UEB et ci-dessous ! L’équipe vous parle toujours du sport et des JO à Pékin cette fois !
Bonne écoute !
Forum des voyageurs imminent !
mars 18th, 2012 § 0 comments § permalink
A quelques semaines de la parution du hors-série papier #2 de Décloîtrés (mis en page par les Beaux Arts de Rennes), il est temps de vous donner un avant goût de ce qui aura lieu le vendredi 23 mars de 16h30 à 21h pour célébrer l’événement !
Forum des Voyageurs au 4bis de Rennes
7 bonnes raisons de venir y faire un tour
°° découvrir en exclusivité le nouveau numéro sur version papier ! Cette année, Décloîtrés change de look grâce aux Beaux-Arts qui revisitent entièrement son graphisme et mettent au service de l’évasion et du voyage leur sens de l’esthétisme.
°° discuter avec des voyageurs du monde entier afin de demander conseils, bons plans et adresses sympas, ou tout simplement de faire des rencontres !
°° déguster des plats traditionnels du monde entier mais aussi apprendre à les cuisiner autour d’un « Apéro du monde »
°° profiter des conseils experts d’un photographe de voyage !
°° échanger du vieux matériel de voyage (guides, sac à dos, blousons…) : bienvenue au Décloî’troc !
°° être solidaire avec tes camarades de l’IEP qui ont consacré toute leur énergie et ont menacé leur santé physique et mentale pour mener à bien ce projet !
°° un voyage à gagner !
A voir également : expo photo, projection de films et documentaires, concerts (jazz manouche) et plein d’autres surprises !
Et bien sûr, l’entrée est GRATUITE !
Rendez-vous le :
VENDREDI 23 MARS
DE 16H30 A 21H
AU 4BIS DE RENNES
Premier épisode des ‘Mots d’ailleurs’, l’émission radio des Décloîtrés !
mars 9th, 2012 § 0 comments § permalink
Juste avant la parution du second numéro papier des Décloîtrés, l’équipe vous propose sa toute nouvelle émission radio ‘Mots d’ailleurs’ développé avec l’aide de l’UEB ! Le premier épisode qui traite du thème du sport et des Jeux Olympiques à Londres est maintenant disponible en podcast ci-dessous:
Bonne écoute !
A la reconquête du centre-ville de Rio
mars 5th, 2012 § 0 comments § permalink
Par Anaëlle Evano
À Rio de Janeiro
le 29/02/2012
Lundi dernier, entre 19h00 et 21h00, se réunissaient, pour la 4ème fois depuis le début du mois de février, les habitants de l’occupation Manoel Congo du centre-ville de Rio de Janeiro. Je fus conviée à assister à cette formation sur le coopérativisme populaire, formation dispensée deux fois par semaine par ASPLANDE (Assessoria e Planejamento para o Desenvolvimento), Organisation Non Gouvernementale d’appui à la création de coopératives populaires se revendiquant de l’économie sociale et solidaire.
Le projet de l’occupation Manoel Congo intitulé « A gente quer Trabalho, Moradia, Diversão e Arte » est né fin 2011, à l’initiative des nouveaux occupants de cet immeuble municipal de l’hyper-centre de Rio de Janeiro, place Cinelândia, inoccupé depuis plusieurs années.
Le collectif national MNLM – Movimento Nacional de Luta Pela Moradia (collectif de lutte pour le logement, équivalent brésilien des Enfants de Don Quichotte) avait réquisitionné cet immeuble ainsi qu’un autre bâtiment du centre-ville de Rio en 2008. Depuis s’y sont installées quarante-deux familles venues de différentes communautés (favelas) de la métropole.
(Au premier plan Elisete Napoleão, l’une des fondatrice du projet habitant l’occupation)
Un collectif pour faire face aux défis matériels
Rapidement s’est posée la question des coûts de maintenance de cet immeuble de dix étages, que la plupart des familles aux revenus modestes ne peuvent assumer. En réponse à cette obligation est né, en Novembre dernier, le projet de former une coopérative avec les habitants de l’immeuble. L’objectif final est de créer, au sein même du bâtiment, un restaurant ainsi qu’un bar samba (bar de nuit animé par de la samba « ao vivo ») gérés par les membres de la coopérative et dont une partie des bénéfices servirait aux frais de manutention de l’immeuble.
Par ailleurs, au-delà de l’impératif matériel, les promoteurs du projet ont dans l’idée de prouver aux dirigeants politiques, et à la sphère publique en général, que les « pauvres » sont tout à fait capables de s’associer pour habiter au cœur d’une des plus grandes métropoles du monde, et ne pas être uniquement relégués dans les favelas des périphéries ou des hauteurs de la ville. Individuellement, ces familles ne pourraient s’offrir le luxe d’habiter dans l’un des quartiers les mieux situés de la ville, mais collectivement cet objectif peut être atteint.
Parrainé par la puissante firme pétrolière nationale Petrobras, le projet va se dérouler en plusieurs étapes. D’une part la formation ou reconversion professionnelle des habitants de l’occupation, et d’autre part la mise en oeuvre concrète de la coopérative puis l’ouverture du restaurant/bar. La première étape de formation a commencé depuis quelques mois ; les futurs membres de la coopérative sont invités à suivre des formations dans les domaines professionnels qu’ils seront amenés à maîtriser au sein de la coopérative : gastronomie, service, administration, informatique etc. Des cours sont également dispensés dans les domaines de l’esthétique et de la beauté pour celles et ceux qui souhaiteraient proposer leurs services aux nombreux employés qui travaillent dans le centre-ville. En cela l’emplacement stratégique de l’occupation, au cœur de la ville, près du « Teatro Nacional », est un atout indéniable pour la coopérative.

(L’une des règles établies par les élèves est le port systématique du T-shirt arborant le nom du projet pendant les formations)
La plupart des futurs membres de la coopérative sont actuellement employés dans des secteurs radicalement différents de la restauration ou sont sans emploi, il s’agit donc pour eux d’un engagement d’ampleur, non seulement professionnel mais également personnel.
Sur les traces de Paulo Freire…
En plus des formations professionnelles, les futurs membres de la coopérative sont invités à suivre un cours hebdomadaire sur le coopérativisme populaire, animé par la secrétaire exécutive d’ASPLANDE, association partenaire du projet. Durant ces séances sont abordés, entre autres, les thèmes du travail et du travailleur, de l’économie sociale et solidaire, du syndicalisme et du coopérativisme populaire. Pour Dayse Valença, formatrice dans le cadre du projet, l’objectif n’est pas uniquement le contenu du cours mais également le processus d’apprentissage.

(Dayse Valença, secrétaire exécutive d’Asplande contractée par le projet pour animer les formations sur le coopérativisme populaire et l’économie solidaire)
En effet, les élèves se trouvent confrontés à des défis comme celui de se réunir pour faire des recherches sur un thème donné et présenter le fruit de leur travail aux autres groupes. Les élèves reviennent ainsi sur les difficultés rencontrées durant le processus et réfléchissent eux-mêmes sur les erreurs ou les réussites. Ce mode d’enseignement est inspiré de la méthodologie du pédagogue brésilien Paulo Freire qui revendiquait globalement un enseignement par l’échange entre le formateur et les élèves plutôt qu’un discours unilatéral. L’objectif est d’amener les élèves, futurs membres de la coopérative, à anticiper les difficultés et les problèmes auxquels pourra être confronté le collectif et les processus de résolution de ces questions à travers la participation de chacun.
Les mouvements sociaux d’économie solidaire connaissent un essor non négligeable au Brésil depuis les années 1990. Grâce à ce projet, un échantillon d’une population jusqu’alors marginalisée par le marché traditionnel redevient acteur de son destin socio-économique dans un modèle plus juste et plus solidaire. C’est également un bel exemple de réappropriation territoriale par les communautés modestes que nous présente l’initiative Manoel Congo.
Le défi aujourd’hui pour les habitants de l’occupation est de respecter les délais prévus afin d’inaugurer l’ouverture du restaurant et du bar samba avant la fin de l’année. Si le projet est mené à bien, d’autres initiatives identiques pourraient bien voir le jour non seulement à Rio mais sur l’ensemble du territoire brésilien.
Décloîtrés #7 – Hiver 2011-2012
décembre 14th, 2011 § 0 comments § permalink
Et voici le nouveau numéro de Décloîtrés pour vous faire encore voyager pendant ces périodes de fêtes !
Toute l’équipe remercie les rédacteurs et vous souhaite de bonnes vacances ! A l’année prochaine !
Premier jour des élections parlementaires en Egypte
novembre 29th, 2011 § 0 comments § permalink
Le Caire – Lundi 28 Novembre 2011
Par Marianne Madoré
Si les bureaux de vote ouvraient à 8 heures ce matin, je n’ouvre l’œil qu’à 9 heures. La semaine qui vient de s’écouler a été intense et exigeante et les heures de sommeil avantageusement remplacées par une subtile (et prudente, je vous vois venir…) navigation : d’Al Jazeera à Twitter, des activistes de la place Tahrir aux discussions avec les marchands de légumes et de recharges Vodafone. Tout était prétexte à s’informer. La semaine a été rythmée par les décomptes des blessés et des morts, par les mises à jour des blogs d’activistes, par les déclarations du SCAF (Conseil Supérieur des Forces Armées), par les rebondissements autour de la nature des gaz utilisés contre les manifestants. Rythmée par les cours aussi, qui n’ont pas cessé et auxquels j’ai continué à me rendre – d’ailleurs plus par besoin de repères et d’horaires fixes dans cette semaine chaotique que poussée par un devoir étudiant (nous n’étions pas nombreux).
Il est donc 9 heures, je branche mon ordinateur et déjà les premières photos des files d’attentes de plusieurs centaines de mètres sont postées sur Internet. Plusieurs bureaux attendent toujours les bulletins de votes ou les juges chargés de veiller au bon déroulement du scrutin. La pluie d’hier, première averse au Caire depuis mon arrivée, a inondé les rues et la circulation automobile dans la ville ce matin est ralentie. Aujourd’hui et demain se tiennent donc les premières élections parlementaires en Égypte.
Des centaines de sièges sont en jeu, plus d’une cinquantaine de partis mobilisés
Le processus électoral est plutôt ardu. La Chambre basse ou Assemblée du Peuple sera élue en trois temps – tous les gouvernorats égyptiens ne votent pas en même temps. Aujourd’hui, on vote dans les gouvernorats d’Alexandrie, de Port-Said, de Damietta, de Caire, du Fayoum, d’Helwan et d’Assiut. Résultats définitifs attendus début janvier. Ensuite, les Égyptiens éliront la Chambre haute entre fin janvier et début mars. L’élection présidentielle devrait se tenir avant le mois de juin. Le conditionnel est ici plus que de rigueur, notre surprenant SCAF pourrait avoir d’autres idées d’ici là. Des centaines de sièges sont en jeu, des milliers de candidats en lice, plus d’une cinquantaine de partis mobilisés, plusieurs dizaines de millions d’Égyptiens amenés à voter. La forme du scrutin, généreusement inspirée par le système allemand, allie des candidatures de listes formées par les partis et des candidatures d’individuels mais qui peuvent aussi être présentées par des partis (on s’accroche s’il vous plait). Des quotas pour les ouvriers et les paysans sont également prévus.
Les partis ? Islamistes, socialistes, libéraux, salafistes, nasséristes, séculiers, d’extrême gauche ou droite, modérés ou de l’ancien régime, le spectre politique est large. Le seuil minimal à atteindre pour être représenté à l’Assemblée du Peuple était en avril 2011, fixé à 2%. Cette barre, assez haute, a conduit à la formation de quelques grandes coalitions. Cependant, en l’absence de sondages sur les intentions de vote (on les conspue en France, on supplie des ONG d’en réaliser en Egypte), il est très difficile d’établir les poids relatifs des différents partis et les négociations pour former les coalitions ont été assez hasardeuses. A ceci s’est ajoutée la baisse du seuil minimal à 0,5% il y a quelques mois. Les « petits partis » y ont vu une opportunité de faire cavalier seul et les coalitions ont éclaté. Aujourd’hui quatre coalition se détachent : l’Alliance Islamique (partis islamiques dont le parti salafiste Nour), le Bloc Egyptien (des libéraux), l’Alliance Démocratique (large et hétérogène coalition dominée par le parti des Frères Musulmans : Liberté et Justice), et « Terminer la révolution » (partis de gauche et Les Jeunes Révolutionnaires). Maintenant … jouez à notre grand jeu pré-électoral : http://egypt.electionnaire.com/ Attention ! Sacrés humanistes, occidentaux, partisans de l’égalité des sexes et pétris au principe de séparation des pouvoirs que vous êtes, votre pourcentage de compatibilité avec le parti Liberté et Justice des frères musulmans pourrait vous surprendre.
Voter pour la grappe de raisin ou la felouque ?
Maintenant que je viens de perdre la moitié des lecteurs de Décloîtrés avec ces questions techniques, je tiens à préciser à l’autre moitié que la complexité du processus de vote, associée au large éventail de formations politiques, prend une saveur toute particulière quand on sait que le taux d’alphabétisation en Egypte est de 83% pour les hommes mais de 59% pour les femmes. La Commission Electorale a donc attribué à chaque candidat un symbole spécifique (en plus du logo d’un éventuel parti) : piano, parapluie, clou, guitare, pyramide, tracteur, parapluie. Les électeurs n’ont ensuite qu’à cocher les symboles sur le bulletin de vote. Personnellement j’ai un faible pour la mangue.
La télévision nationale égyptienne diffuse depuis quelques semaines des petits spots où des Égyptiens nous expliquent comme aller voter (un peu comme les spots qui expliquent comment mettre en place le masque à gaz et emprunter les sorties de secours de l’avion sans paniquer) (ce parallèle n’est peut être finalement pas de très bon goût). Sinon, j’aime aussi bien l’infographie très coucher-de-soleil-sur-désert-brun d’Al Jazeera.

Pourtant, insister sur un processus électoral complexe voire inadapté ne doit pas nous faire perdre de vue les véritables raisons de sa contestation par les manifestants réunis place Tahrir depuis une semaine. « Un grand pouvoir entraine de grandes responsabilités » disait l’oncle de Spider Man et visiblement, le SCAF et le maréchal Tantawi, au pouvoir depuis la chute de Mubarak, n’ont pas vraiment pris conscience de l’aspiration d’une grande partie des Égyptiens à une transition démocratique et civile irréprochable.
La charte constitutionnelle établie à la chute de l’ancien régime pour cadrer le processus de transition et la rédaction de la prochaine constitution assure à l’armée un budget stable et échappant au débat parlementaire. Le SCAF s’est également assuré le droit de nommer une dizaine de membres supplémentaires dans l’Assemblée du Peuple en dehors du processus électoral. A cela s’ajoute leur refus de laisser des organisations internationales indépendantes contrôler le scrutin de ce lundi et la nomination à la tête de la Commission Électorale d’un homme de l’ancien régime, Abdel Moez Ibrahim. Seuls les journalistes accrédités par le SCAF ont accès aux lieux de vote. Cette mainmise militaire s’ajoute à la présence de nombreux membres du Parti National Démocratique (parti majoritaire dans l’ancien régime) sur les listes électorales. Pour certains activistes de Tahrir, aller voter revient à conforter dans son pouvoir une junte militaire qui après les plus de 40 morts de la semaine passée, n’a fait que présenter ses « regrets » sur facebook.
« Les Egyptiens rencontrés à la sortie des bureaux de vote sont fiers d’être immortalisés avec leur doigt taché d’encre »
Il est 10 heures, quelques pas dans la rue suffisent à me transformer en aimant à prospectus. On ne prend pas le risque de m’ignorer. Et si malgré mes apparences d’Européenne, j’étais une Égyptienne sur le chemin du bureau de vote? Ne laissons pas passer l’électeur potentiel ! Quelques mètres et une dizaine de prospectus plus tard, la règle interdisant de faire campagne le jour des élections m’apparait être une vaste blague. Tayssir Fahmi, candidate de « Terminer la révolution » et actrice célèbre arpente en effet les trottoirs à la rencontre des électeurs. Ceux-ci ont été répartis dans les bureaux de vote, exclusivement des écoles, en fonction de leur adresse mais également de leur sexe (les femmes ne voteront pas sur les mêmes lieux que les hommes) et de leur âge (les jeunes peuvent être affectés assez loin de leur lieu de résidence). Des files d’attentes surgissent ainsi au détour des rues.
Prendre des photos aujourd’hui est un plaisir. Les Égyptiens rencontrés à la sortie des bureaux de vote sont fiers d’être immortalisés avec leur doigt taché d’encre. Mes quelques mots d’arabes et leurs quelques mots d’anglais me permettent de comprendre les motivations des uns et des autres. Le tenant de la boutique de jouets sur Qasr El Ayni, chrétien copte, veut barrer la route aux frères musulmans. Cette femme qui enjambe l’immense flaque formée par la pluie de la veille – le Caire ne s’est pas vraiment spécialisé dans les caniveaux – ignore encore pour qui elle va voter et interroge ses voisines. Cet homme, jeune professeur d’arabe, a voté pour le Wasat, un parti islamique modéré, cousin du turque AKP et proche du candidat à la présidentielle El Baradei. Pour la plupart c’est la première fois qu’ils élisent leurs représentants. Cet élan démocratique est aussi encouragé par les 300 guinées d’amende qu’ils devront payer en cas de manquement à leur devoir citoyen – à payer lors de leur prochain contact avec les autorités (renouvellement d’un document d’identité, candidature à un emploi administratif, mariage… les occasions ne manqueront pas). Pour info, le salaire moyen égyptien est d’environ 800 guinées.
Quand les services supplantent les idées
13 heures. Je perçois désormais à quoi mes amis égyptiens faisaient allusion en évoquant l’absence de culture politique en Egypte. Aucun débat n’a précédé ces élections et beaucoup votent comme leur voisin, leur fils, ou même au hasard. Quelques-uns de mes amis, au bagage universitaire conséquent et aux aspirations démocratiques, ne sont pas allés voter tant ils ignorent les programmes des candidats. Certains tirent profit de l’embarras des électeurs face à cet énigmatique QCM électoral. Ce weekend, les Frères Musulmans ont pratiqué l’inception électoral en distribuant des paquets de sucre ornés du symbole de leur candidat : l’échelle. Aujourd’hui ils ont installé des tentes aux abords des lieux de vote et « guident » les électeurs jusqu’au choix de « l’échelle ». Selon certaines rumeurs, ils auraient entrepris de conduire les femmes âgées aux bureaux de vote pour qu’elles aussi puissent accomplir leur devoir de citoyenne.
« Il donne quatre ans à son pays »
Il est 14 heures, je suis un cours autour de la presse audio-visuelle égyptienne… vite transformé aujourd’hui en débat autour du processus électoral en cours. Le professeur tente de nous expliquer que les différences entre les partis politiques sont minimes et que ceux-ci partagent 90% de leur programme politique. Selon lui peu importe le nombre ahurissant de partis et la complexité du processus, ces élections sont un premier pas vers la transition. Le débat politique, la mise en recul du clientélisme et la démocratisation suivront ces premières années de tâtonnement. Il donne quatre ans à son pays pour parvenir à ses objectifs de liberté et d’égalité.
Il est 17 heures, il fait nuit noire et on annonce la prolongation du vote jusqu’à 21 heures afin de faire face à l’affluence. Retour à l’appartement et à une connexion internet. La Commission Electorale admet que certaines irrégularités aient pu survenir aujourd’hui. Un candidat de Haute Egypte, professeur et dignitaire de l’ancien régime se plaint qu’on lui ait assigné un fer à repasser comme symbole. Les moqueries s’échangent autour d’une candidate du Wafd, jeune, blonde et très maquillée sur sa photo de campagne – la séduisante photo pourrait en fait, dater d’il y a dix ans. Les Salafistes ne courent pas ce genre de risque, les femmes ne sont présentes sur leurs listes que parce que la loi électorale les y oblige, et leurs photos sont remplacées par une rose.
22 heures. Quelques plaintes de fraudes se font entendre. Le ministère de la santé déplore une vingtaine de blessés. De plus en plus de doigts sont colorés d’encre indélébile. Les bureaux de vote sont fermés. On montre des images d’urnes scellées pour la nuit avec du papier et de la cire. Ils remettent ça demain.
Premier numéro de Vojagô
novembre 27th, 2011 § 0 comments § permalink
Décloitrés tient à saluer la parution du premier numéro de Vojagô, le magazine réalisé par les étudiants en troisième année de Sciences po Aix. Le concept est proche de Décloitrés, à la différence que Vojagô recueille les articles des étudiants fraichement rentrés de leur année à l’étranger.
Le mag est classé par continent et aborde une variété de sujets : le sport dans l’Afrique du Sud post-apartheid, portrait d’une « taxi-woman » de Dakar ou encore un article sur les Russes musulmans…
Pour le lire, cliquez ici.




